11 janvier : ce matin à TORTEL, avant toute chose, je vais saluer les KAWESKARS

appelés ALAKALUFS

= « les hommes de l’Ouest avec des couteaux en coquillages » ? (*) par les navigateurs venus du Nord qui s’approchaient de leurs embarcations ;

Depuis 2017, mon premier voyage en Patagonie, je m’intéresse à ces hommes forts et courageux, qui durent lutter chaque jour pour survivre, dans ces terres sauvages du Sud si peu hospitalières, en affrontant des conditions climatiques extrêmes.

J’ai un profond respect pour ces hommes et ces femmes qui malheureusement n’ont pas été compris par les colonisateurs qui ne pensèrent qu’à une chose, les exterminer pour conquérir leurs terres …

Tout au bout du village un hommage leur est rendu par des sculptures en bois plantées dans la baie, face à la mer

A TORTEL : le taux de précipitation est très élevé ! Ce matin le brouillard cache une partie de la baie mais un petit coin de ciel bleu me laisse espérer une fin de matinée plus claire..

Photo VPapillard

« Il pleut ici plus de 300 jours par an », me dit Jorge ce matin : « surtout, depuis quelques années, en hiver, (la faute au réchauffement climatique) la pluie a remplacé la neige .. et çà c’est une grande tristesse pour les habitants déjà bien isolés du reste du pays.. ; privés de la source de lumière et sérénité que leur apportait la neige, certains habitants ont « penché » vers la mélancolie ».

A TORTEL, si on veut parler de place centrale, on pourrait dire qu’elle se situe là, sur cette petite presqu’île, au bout du village .. c’est-à-dire à un bon km de chez Giselle ;

Repérable de loin, grâce à ses maisons jaune et rouge..

D’un pas tranquille, j’arrive sur cette petite place autour de laquelle sont regroupées quelques activités du village.

Un peu plus loin, une autre petite place, presque plus grande, vide ce matin, sous un « haut-vent » – (à tiens çà s’écrit auvent ??) tout de bois bien sûr.., où les enfants peuvent venir jouer à l’abri du vent et de la pluie, les habitants se réunir… ; sur le coté de la place donnant sur la mer, ces sculptures de bois, pour nous rappeler que ces hommes ont bel et bien existé.., il n’y a pas si longtemps !

Sur l’un des bancs qui entourent la petite place déserte, je me recueille quelques instants, seule..

Au cours de mon voyage, je suis si souvent surprise de constater le peu d’intérêt que reçoivent ces hommes de la part des touristes .. 

La plupart des jeunes que j’ai rencontrés ignorent même leur nom !

(1) ALAKALUFS : aujourd’hui dans le pays, on préfère les appeler les KAWESKARS, « leur vrai nom » d’origine.

Car Alakaluf » serait une dénomination péjorative dérivée du yagan halakwulup, « mangeur de moules » – bien qu’en fait halakwulup signifie « hommes de l’ouest aux couteaux en coquilles de moules », ce qui se comprend lorsque l’on sait que les moules cholgas qu’ils ramassaient sont très grandes (jusqu’à 17 cm de long)

Selon Jean Raspail dans son roman « Qui se souvient des hommes…« , le mot Alakaluf aurait été compris par les Européens comme une forme de mendicité auprès des navires de passage : alakaluf ! alakaluf ! = « donne-moi ! donne-moi ! Mais ces hommes n’étaient pas des mendiants ; ils ne voulaient qu’échanger des produits frais contre des outils en fer et des armes : source Wikipedia.

(*) et continuèrent à couper le cordon ombilical des nouveau-nés avec un coquillage

Aujourd’hui, ils sont devenus les héros de la région ; je constate une certaine exploitation commerciale – et touristique autour de ce nom, – enseignes de cafés, boutiques, impressions T-Shirts ! .., le « prix à payer » pour les faire connaître ; je le prends en positif ..

 Nul ne sait précisément d’où sont venus ces hommes, qui remontèrent les eaux désertes et tourmentées des côtes Pacifique sur leur barques de bois taillés dans les arbres millénaires..

Ils furent sûrement les premiers hommes qui foulèrent ces îles, îlots, petits paradis de verdure. .. entre des promontoires rocheux austères et battus des vents.. 

Pour se protéger de la pluie et lutter contre le froid intense de ces régions, les ALAKALUFS s’enduisaient de graisse de phoque et revêtaient leurs peaux. 

Ils remontaient canaux et fjords pour pêcher poissons et fruits de mer (Choros : moules géantes, comme à CHILOE et aussi un peu plus haut sur la côte Pacifique !) qui abondent dans ces régions glaciales ;

mais très souvent les vents violents descendus promontoires rocheux s’engouffraient dans ces canaux et forçaient les hommes à trouver refuge entre ces îles à la végétation luxuriante, dans des anses abritées pour y ranimer leurs feux .. 

Puis l’homme blanc fit son apparition sur ces rivages vierges introduisant l’alcool, la syphillis ou autres bactéries inconnues de leur population, bouleversant l’existence des ALAKALUFS, (*) la dispersant jusqu’à sa disparition totale.. 

Aujourd’hui, il reste dit-on 1 seul ALAKLUF… A PUERTO EDEN  ;

j’espère le rencontrer dans 2 jours lors de l’escale du CRUZ AUSTRALIS dans ce petit port isolé, à 15 h de navigation depuis TORTEL …

Puis de retour vers la partie plus animée du village, au ras de l’eau, non loin des 2 minuscules points de vente qui entourent le « grand » restaurant du village « Bellavista », un petit chat va me tenir compagnie pendant mon pique-nique. Quelques touristes déambulent, attendant l’heure de départ ce soir … ; entre deux averses, je passe un bout d’après-midi au bord de l’eau ..; face à cette baie, je ressens une profonde sérénité.. ; et mes pensées s’envolent…(1)

Un dernier thé chez Giselle et ce sera l’heure de partir ; j’avais donné RV à Juan pour porter mon sac jusqu’à l’embarcadère (car les roulettes de mon sac n’aiment pas les creux entre les lattes de bois des passerelles) ; mais pas de Juan ; je me mets en route pour presque 2 km de passerelles .. En chemin je retrouve mes compagnons de voyage…

A 21.00 ce soir, « LE CRUZ AUSTRALIS » entrera en douceur dans la baie de TORTEL.

(1) Ces simples « bouts de bois » m’emportent quelques années en arrière ; ce bois sous toutes ses formes inspire mon imaginaire. A l’époque où j’étais éditrice, on appelait ces morceaux de bois sculptés et façonnés par la mer, du « bois flotté » ; aujourd’hui encore, ils me dictent des lignes, dessinent des objets, inventent des animaux …,

les créatrices que je contactais alors avaient un talent fou pour inventer des dizaines de formes pour en faire d’étonnants objets décoratifs….; elles pouvaient créer jusqu’à 20 ou 30 modèles pour un seul livre ! ..

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