A PUERTO WILLIAMS : NATURE puissante, et mythique « MICALVI »

De chez Gabriela, (la maison au coin de la rue), la petite route qui monte vers la forêt – Photo VP 2.02.20

Arrivée si loin, je me sens bien petite face à cette nature si proche et si forte ;

Photo VP 2.02.20


ici la forêt géante, impressionnante masse d’un vert intense, est adossée à la chaîne de montagne des « Dientes de Navarino »

Par la fenêtre de la maison à deux pas du centre du village (coin de rue photo ci-dessus), le regard aimanté par la forêt si dense, cette nature « récente » et quasiment vierge rend humble .. 

Photo VP 3.02.20

Dans ces forêts il a fallu tailler à grand coups (de.. ? 🤔) pour y faire des chemins à travers les arbres plantés si serrés. 

Les troncs sont si rapprochés qu’elles sont inpénétrables  à quiconque voudrait sortir du chemin pour tenter de s’y frayer.. un sentier !

J’ai déjà vu des forêts primaires le mois dernier sur la route vers Tortel (« moyenne Patagonie…chilienne « ) ou de plus ou moins près sur les îles entre lesquelles sillonnaient les 3 bateaux sur lesquels j’ai navigué ces dernières semaines, 

Photo VP 3.02.20
Photo VP 3.02.20

J’en reverrai d’autres la semaine prochaine en Terre de Feu à USHUAIA, (en Argentine) ; c’est « en face », de l’autre côté du canal de Beagle.

Apprendre qu’elles sont très récentes (10000 ans !) surprend : à la fin de la dernière période glaciaire, des sédiments se sont accumulés pour former une terre peu épaisse qui rend les arbres fragiles, sensibles aux vents si brutaux ici !

Photo VP 3.02.20

Des racines peu profondes et fragiles !

Mais c’est la densité de la forêt qui les maintient souvent debout 

La voir de près est une émotion particulière.

Cet après- midi, le petit bus public qui roule 2 fois par semaine m’emporte par une piste bien caillouteuse jusqu’au bout de l’UNIQUE piste de l’île,  jusqu’à la dernière maison accessible par la route avant l’Antarctique

Sur cette piste qui suit le canal d’Ouest en Est, (côte Nord de l’île Navarino), le bus trace d’abord chaotiquement sa route à travers les forêts primaires .. Chaque nouveau virage offre le spectacle d’îles et ilots posés sur l’eau du canal qui de minute en minute, passe du gris bleu au bleu argent !

Jusqu’au bout de la route, dans une heure, TOUTES LES PHOTOS SUIVANTES sont prises par la fenêtre du petit bus avec l’i-phone (belle pub « hein » ?) ; moi j’adore ! c’est parce qu’ici, au Chili, la nature .. me transporte (oui aujourd’hui, : dans les deux sens du terme !.: (facile ! : pourtant je n’essayais même pas de faire un jeu de mots, et c’est parti ; ah sacré inconscient !.., qui écrit à ma place ! ). Trop de photos, je les « pose » chronologiquement sinon je m’y perds !!.

Avant de s’éclairer, le ciel sera bien gris.. et pourtant ici le gris, en langage d’aujourd’hui, c’est l’ADN du coin ! ces paysages tourmentés sont pour moi tour à tour romantiques, nostalgiques, dramatiques, tristes, désolés et désolants même parfois 😥 ;

Photo VP 04.02.20
Photo VP 04.02.20

Photos VP 4.02.20

Par endroits, des arbres plaqués au sol par les vents, …

Photo VP 4.02.20

…agonisent ; couchés, certains ont pris des formes fantasmagoriques, des branches ou des troncs dénudés, ici tordus, abandonnés au sol, là, tournés vers le ciel comme pour un appel au secours.

Photo VP 4.02.20
Photo VP 4.02.20


Pourtant, si loin de tout, ils sont aujourd’hui encore privilégiés,..loin de la main de l’homme …, et des dents des castors qui dévorent la forêt de façon dramatique en Terre de Feu de l’autre côté du canal ;

mais pour combien de temps encore ce privilège ?, ..avant que ces bois ne tombent sous le coup d’un de ces délirants projets de déforestation ?? 😰

Bon.., avant de mettre à pleurer, je commence par le gris !!

Puis 3 virages plus loin, le vert .. de l’espérance reprend en main le paysage !!

Photos VP 4.02.20

Photo VP 4.02.20

… tellement vert que, même sans soleil, la nature est redevenue souriante et nous renvoie une énergie …communicative !

et puis, d’un coup de baguette magique, voilà qu’un petit rayon de soleil perce le rideau de nuages, nous offrant le sublime : l’argent chasse gris, et sous nos yeux soudain : cadeau ! : poussée par une brise légère, une nappe miroitante se déroule en douceur, à la surface de l’eau, puis s’étale lentement jusqu’à la rive opposée du Canal …, magique, oui 😊

Photos VP 4.02.20

Photo VP 4.02.20
Photo VP 4.02.20
Photo VP 4.02.20
Une baleine à babord ?! 🤣 – Photo VP 4.02.20
Photo VP 4.02.20

Photos VP 4.02.20

Photo VP 4.02.20

Photos VP 4.02.20

Photo VP 4.02.20
Et le voilà ! …Le bout de la route ! « Fin del mondo » – Photo VP 4.02.20

Photos VP 4.02.20

Photos VP 4.02.20

Photo VP 4.02.20
Photo VP 4.02.20
puerto toro | Isla Navarino
Photo islanavarino.com

(Sur l’île un dernier hameau – Caleta Eugenia se trouve à 15 km plus au Sud, accessible par bateau qui longe  le canal de Beagle vers l’Est – Sud Est « cap Cap Horn » , le premier dimanche du mois !!) ; Puerto Toro 32 km !

Puerto Toro — Wikipédia
Photo Wikipedia

Waouh.. … grande émotion ! 

Demain, à l’heure de quitter ISLA NAVARINO, le minibus qui m’emmènera avec 3 touristes jusqu’à l’embarcadère pour USHUAÏA, empruntera l’autre bout de la piste, vers l’Ouest, de l’autre côté de Puerto Williams.., à travers une nature sauvage similaire..

Mais ce soir, (les journées d’été sont longues ici !), de retour au village par cette unique piste, je me dirige à pied vers le port « de plaisance », de l’autre côté de Puerto Williams, à la recherche du mythique navire MICALVI qui fait l’objet au village de rumeurs en tous genres !

Dans cette petite baie abritée, située à une vingtaine de minutes à pied du centre du village, je découvre, un peu en retrait du canal de Beagle, le fameux petit port : une quinzaine de voiliers sont venus s’amarrer ici.. certains ont pris goût à la vie locale, et restent très longtemps !, d’autres sont arrivés hier, avant-hier..et ne savent pas pour combien de temps ils sont là ! : besoin de prendre du repos après une fatigante descente « du Nord »

Dans le sillage des grands navigateurs-explorateurs du siècle dernier, ces quelques navigateurs « amateurs », « navigateurs au long cours » aussi, ont emprunté ce « passage » il y a quelques jours, pour venir jeter l’ancre ici, enfin arrivés au bout du monde ..

Comme leurs ancêtres du siècle dernier, venus à leur tour de France, Hollande, ou d’Angleterre, d’abord à travers l’Atlantique, ou bien par le Pacifique depuis « seulement » Valparaiso !., , ils se sont lancés à travers le Pacifique, le long des côtes chiliennes, puis dans le golfe tourmenté de Corcovado.., et entre les multiples canaux de la Patagonie.., affrontant les Rugissants du Pacifique, ou les houles si redoutées des pêcheurs ; comme eux ils ont essuyé des tempêtes, et ont même eu peur pour leur vie.. ; ils ont mis des mois, en famille, pour arriver « là », au bout du monde, dernier port accessible pour eux avant les glaces de Cap Horn.

D’autres sont arrivés par l’Ouest, l’Atlantique,.. longeant la côte argentine..

Ainsi le dit Renan, 11 ans, dans son trop joli poème qu’il vient de me fait lire quelques minutes avant de l’offrir à sa mère, pour son anniversaire ; c’est aujourd’hui, et à cette occasion, la famille et les « voisins de bateau » ont organisé une petite fête au bar du Micalvi, navire allemand échoué dans cette petite baie.. que le Yacht Club local transformé en « bar-musée.. ou musée bar » ?! ; je suis invitée à partager avec eux la surprise d’Eléna, mère Renan, découvrant le poème : belle émotion d’Eléna , et de tous !.. LIRE LE POEME CI-DESSOUS : émotion garantie !

Encore aujourd’hui de mystérieux récits s’échangent secrètement ! à propos de cet imposant bateau stoppé là un jour de l’année 1961, dans son élan vers… l’autre bout du Canal ! (1)

Ce soir, pendant que nous vidons nos verres (bières et bon vin chilien !) au bar, de rares touristes cherchent à bord les mystérieux recoins chargés d’histoire ;

et à la nuit tombante le bateau résonne encore des rires des enfants qui galopent dans les coursives en jouant à cache-cache.. Joyeuse ambiance au bout du monde !

(que me manquent mes photos !!)..

(1) Ci-dessous extrait d’un article de Hughes BIGO dans le magazine « Voiles » 2014

« Tous. Absolument tous les voiliers qui sont allés en Patagonie se sont un jour mis à couple du Micalvi. Tous, absolument tous les équipages de ces voiliers ont bu un verre dans son bar en pente. Certains ont passé des nuits inoubliables dont ils ne se rappellent pas tout. Tous chérissent le souvenir de ce navire échoué. »

MYTHIQUE, une légère gîte sur tribord

Le Contramaestre Micalvi est un bateau de transport construit en 1925 en Allemagne puis acheté par la marine chilienne en 1928 pour acheminer des munitions au Chili destinées au cuirassé Latorre. Il entame ensuite une carrière de ravitailleur dans les canaux de Patagonie. Désarmé en 1961, il est échoué comme ponton dans un bras protégé de Puerto Williams. En touchant le fond, le bateau a pris une légère gîte sur tribord. C’est le charme du Micalvi, le sol du bar est en pente tant que l’on n’a rien bu. » !

Face aux pics « Dentes de Navarino« , il y a « pire endroit au monde « … pour venir s’échouer, n’est-ce-pas ?!

Photo VP 2.02.20

Une autre référence : « Le ponton du Micalvi » (à lire sur internet) rend parfaitement l’ambiance qui règne « entre marins » dans ce port :

Quittant à regret Rena, Eléna, parents et amis marins, et aussi Sophie à qui je promets d’aller voir son gîte au coeur des Pyrénées, (qui sait ?, l’été prochain ?), je jette un dernier coup d’oeil aux magnifiques »DENTES », avant de rentrer à pied le long du canal (de Beagle..oui je ne me lasse pas de me le rappeler à moi-même !) à la tombée du jour …

2 commentaires sur « A PUERTO WILLIAMS : NATURE puissante, et mythique « MICALVI » »

  1. Te voilà riche de souvenirs que peu de personnes peuvent partager … Quel beau voyage qui va te laisser de belles images qui te feront oublier les petites galères inhérentes à la vie quotidienne… celle que tu vis la bas sont sans doute différentes de celles que tu aurais vécu à Paris ou ici … pluie et vent avec 1 petit degré ce matin sans oublier la crise du coronavirus… Après la crise en Italie , il n y a plus un Pekin place d Italie acParis !!! Bises

    Envoyé de mon iPhone

    >

    J'aime

  2. Voici Véro, je vois vraiment avec très grand plaisir toutes tes photos au fil du voyage! Tu n’as donc jamais retrouvé ton appareil? Ici on craint le coronavirus, les medias nous tiennent bien au courant…😉, et on se prepare aux municipales, et on suit la réforme des retraites et les manifs… Bizz. Sylvie

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :